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Que sont les variétés et les semences paysannes ?

Que sont les variétés et les semences paysannes ?

Les graines de la Pépinière des Carlines sont estampillées “Semences paysannes”. Quelle est leurs particularités et que signifie ce terme ?

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Les semences paysannes sont les semences de variétés paysannes

Au sens strict du terme, une variété paysanne est une variété-population à pollinisation libre, dont la semence n’est généralement pas disponible dans le commerce, qui n’est généralement pas inscrite au catalogue officiel et dont la sélection conservatrice et la multiplication sont assurées par l’agriculteur ou le jardinier pour son propre usage et celui de ses voisins et amis, généralement hors des circuits officiels de sélection.

Les semences paysannes peuvent provenir d’une variété traditionnelle ou d’un mélange ou d’un croisement entre des variétés-population traditionnelles, héritées et transmises de génération en génération, éventuellement hors du cadre réglementaire. Elles peuvent également provenir d’une ancienne variété de pays, collectée par un laboratoire de recherche, inventoriée comme ressource phytogénétique et multiplié en station expérimentale, puis récupérée par un paysan. Elles peuvent enfin provenir d’une variété sélectionnée récemment, parfois exploitée commercialement puis abandonnée, récupérée et acclimatée à des conditions particulières, ou recombinée en population mixte avec d’autres variétés par des cultivateurs lui trouvant des qualités indéniables.

Modes de sélection des variétés paysannes

La sélection des variétés paysannes s’effectue in situ (en opposition à ex-situ = dans un centre agronomique, ou in-vitro = en laboratoire), ou par définition : “au champ”. Les plantes évoluent dans leur milieu, au contact d’un sol vivant, des éléments climatiques et des organismes (insectes, champignons, bactéries, humains, etc.) qui les entourent. Elles s’habituent ainsi à la fois aux risques et aux contraintes du milieu (résilience), mais aussi aux interdépendances et à la coopération (biodiversité).

Dans tous les cas, les méthodes de sélection des semences paysannes mises en œuvre par les paysans et les jardiniers qui les cultivent sont des méthodes respectueuses du vivant, basées sur l’observation des plantes et sur des pratiques traditionnelles (essentiellement la sélection massale, et, moins souvent, la sélection sur la descendance). Il n’y a donc pas de “création variétale” artificielle pré-conçue.

La sélection des porte-graines (les plants sur lesquels les graines vont être récoltés) de semences paysannes peut prendre en compte de nombreux critères “subjectifs” selon l’appréciation du cultivateur : valeur alimentaire (pigments organiques et vitamines, teneur en sucre, toxicité, conservation…), saveur, aspect général, comportement, réaction aux méthodes de culture et au climat, etc.

Qu’est ce qu’une variété paysanne à pollinisation ouverte ?

La pollinisation ouverte est un choix de culture des graines qui laisse aux plantes le “choix de la nature” quand à leur reproduction sexuelle (le pollen est transporté par le vent, les insectes, etc.). Il ne s’agit d’aucune manière de pollinisation contrôlée, tant par des méthodes manuelles (pollen sélectionné sur une fleur particulière) ou par des techniques en laboratoire (OGM, fécondation in-vitro, etc.).

Une variété paysanne à pollinisation ouverte est donc d’une variété-population aux caractéristiques bien définies (sélection des portes graines) dont les individus présentent cependant une certaine variabilité (“hasards” de la reproduction sexuée). Ceux-ci se croisent entre eux librement, ce qui permet à cette variété de pouvoir évoluer et de s’adapter si elle est multipliée dans de nouvelles conditions agro-climatiques.

Variété paysanne et transmission culturelle

Transmettre une variété paysanne, ce n’est pas seulement transmettre de la semence (une génétique) mais aussi transmettre une forme de culture humaine, c’est-à-dire des savoirs et des savoir-faire associés à cette variété : connaissances de la plante et de ses préférences, compétences techniques, habitudes horticoles, rituels sociaux, valeur symbolique, recettes, etc.

Les informations concernant aussi bien son origine que son histoire, les méthodes de culture et de sélection recommandées, ses possibilités culinaires font entièrement partie du lien de co-évolution établi entre la plante et les personnes qui la cultivent. Par exemple, il existait dans certaines région des variétés de blés qui n’étaient cultivés que pour une seule recette de pâtisserie, réalisée lors d’une seule fête dans l’année.

Transmettre la semence sans transmettre la dimension humaine, sociale ou écologique qui l’a créée, c’est prendre le risque de perdre “l’intention qui précède le geste”, et à terme de perdre la variété dans sa forme première. Au mieux, elle aura évolué vers autre chose, au pire sa lignée aura définitivement disparue.

Il importe donc que chaque jardinier ou cultivateur qui reçoit une variété paysanne (que ce soit au travers d’un échange ou d’un achat auprès d’un producteur de graines indépendant ou d’un artisan semencier), puisse obtenir, conserver et retransmettre non seulement les graines de la génération future mais un maximum d’informations concernant la variété, son histoire et ses usages.

Variétés paysannes et réglementation

Une variété paysanne n’est pas nécessairement une variété ancienne ; elle peut avoir été créée récemment (par exemple en créant puis en laissant s’adapter une population dynamique à partir de variétés anciennes). Se pose alors la question légale de sa reconnaissance.

Les variétés paysannes sont par définition moins homogènes et moins stables que les variétés inscrites au catalogue officiel, car elles sont par nature évolutives, adaptatives et dynamiques. Elles peuvent difficilement être inscrites au catalogue officiel, qui requiert au contraire des variétés “distinctives, homogènes et stables” (critères DHS).

Une variété paysanne peut-elle être brevetée ?

Une variété paysanne n’est pas brevetée, ni protégée par un certificat d’obtention végétale et peut donc être multipliée et diffusée librement par quiconque, sauf si un jour un semencier dépose un brevet sur un de ses gènes, car il n’existe aujourd’hui aucune reconnaissance du “bien commun” dans le cadre des semences : ce qui n’appartient à personne n’appartient pas légalement à tous, et est donc appropriable !

Pour le moment, il n’existe pas de réglementation adaptée à ces variétés. La commercialisation de leurs semences en vue d’une production commerciale du légume, bien que légitime, est illégale. Par contre, leur utilisation dans le cadre d’une production commerciale (par un maraîcher) et la commercialisation des légumes qui en sont issus sont tout à fait légales.

Pour aller plus loin

Une revue de presse est tenue à régulièrement à jour sur la page : La question des semences paysannes

 

Adapté d’un article issu du site de Germinance
Image : coquelicausse