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Qu’est ce qu’une variété ?

Histoire de la diversification

Le terme variété a été propagé à la fin du XIXème siècle en même temps que le développement rapide des savoir-faire maraîchers. Dans une économie où le cheval ou la vache occupaient une place primordiale, le fumier abondant à permis aux maraîchers des ville et des villages de produire en quantité sur de très petites parcelles.
Une grande diversité de légumes est apparu au fil des régions, des climats et des goûts ou de l’inventivité de chacun. Le commerce des semences est devenu florissant (Villemorin, etc.) et est vite devenu réglementé.

Définition

Dans sa définition officielle (administrative, commerciale) actuelle, une variété est définie par trois critères inséparables :
– la Distinction : une variété est considérée comme telle lorsqu’elle comporte un caractère ou une combinaison de caractères qui la différencie des autres ;
– l’Homogénéité : une variété est considérée comme telle lorsque que l’ensemble des individus qui la composent sont identiques ;
– la Stabilité : une variété est considérée comme telle lorsque sa descendance conserve la même combinaisons de caractères.

Critique de la norme variétale (DHS)

On s’aperçoit vite que les trois critère DHS renvoient à une dimension normative du vivant, qui ne peut  exister dans la réalité, et ce pour trois raisons :

– le critère d’homogénéité est un leurre, car le principe même du vivant est dans la diversité. En théorie, arriver à une homogénéité totale revient à reproduire des clones, ou ne produire que des jumeaux à l’infini. Dans la pratique, de génération en génération, cela revient à conduire une lignée vers la consanguinité la plus totale et à appauvrir le patrimoine génétique global de l’espèce. Au contraire, le principe de diversité offre la possibilité d’exprimer un gradient de caractères permettant une multitude de réponses possibles aux conditions de environnement.

– le critère de stabilité est également un leurre, car le principe même du vivant est l’évolutivité. En théorie, un objet stable est une objet mort. En pratique, un être vivant a besoin de pouvoir évoluer pour s’adapter à son environnement, lui-même en perpétuelle évolution. Un organisme ne pouvant évoluer est incapable de s’adapter aux nouvelles contraintes, aux nouveaux stress, parasites, virus, etc. Cette adaptation évolutive permanente semble se transmettre à la fois aux gènes mais aussi au contenu de la cellule : chaque nouvelle génération d’une lignée se différencie progressivement de ses parents, chaque rameau d’un arbre ou chaque rejet rejet d’un arbuste est sensiblement différent des rameaux qui l’on précédés.

– en conséquence, le critère de distinction ne peut porter que sur un petit nombre de critères (visuels, gustatifs, de précocité ou de résistances le plus souvent). Cela revient à isoler les génomes plutôt qu’à les mélanger, à appauvrir la diversité des individus existants à un instant T et à limiter la diversité des combinaisons génétiques exprimées dans le monde. Au contraire, diversité et évolutivité génèrent des populations dynamiques, où l’ensemble des caractères se combinent de manière graduée à chaque génération, et s’adaptent en permanences aux conditions du milieu.

Reconstruction de populations dynamiques

Nous nous apercevons que la sécurité et l’autonomie des paysans est menacée à l’échelle mondiale, car les moyens de communication et de transport sont plus rapides que le temps donné à une plante pour évoluer et s’adapter aux modification de environnement. La globalisation des échanges engendre actuellement une uniformisation des patrimoines génétiques et les critères de rentabilité une privatisation de ces mêmes patrimoines (il se passe la même chose pour l’élevage, toutes espèces confondues).

Plutôt que de diviser les plantes cultivées en variétés distinctes, ne serait il pas plus favorable de parler de la variété graduée des caractères d’une population ? De tirer parti de la fluctuation et de la l’adaptabilité ? De recréer une esthétique de la diversité ?

… à suivre